Non loin du sport santé, l’industrie du sport électronique se préoccupe de plus en plus du bien-être des joueurs. Les acteurs l’ont bien saisi. En pleine structuration, si l’e-sport veut véritablement s’inscrire dans la durée, il doit également prendre en compte cet enjeu capital. Ce défi est pleinement intégré par Blackmice. Romain Méfret, le fondateur de cette plateforme, explique en quoi la santé des joueurs est une thématique essentielle pour assurer le développement de l’écosystème e-sport.

BM-Blanche-yeux-transparents petitePouvez-vous vous présenter ?

Je suis ce que l’on appelle un ancien « gros joueur ». J’ai atteint le niveau professionnel sur le jeu Counter Strike au début des années 2000, l’époque des premières LAN. À un moment donné de ma carrière, j’ai dû faire un choix : continuer dans un secteur naissant et incertain, dans des conditions précaires, ou rentrer dans le rang d’un cursus scolaire supérieur plus classique. J’ai choisi la seconde direction et me suis, un temps, détourné du jeu vidéo compétitif de haut niveau. Mais on revient souvent à ses premières amours. Ma formation dans l’audiovisuel, la presse, les nouveaux médias et l’événementiel m’a permis de lancer mon entreprise, Blackmice, agence de conseil spécialisée dans l’e-sport et club omni-e-sports. Je me suis rapidement rendu compte que si la situation avait évolué dans le bon sens depuis ma parenthèse, il y avait encore beaucoup à faire pour que la discipline soit acceptée et reconnue en tant que véritable pratique sportive.

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D’où est venue l’idée de créer Blackmice ?

BlackMice est une idée qui fait son chemin depuis de nombreuses années. J’ai été happé très jeune par le monde du jeu vidéo. C’était l’époque des derniers modems 56K et des premières lignes ADSL. Des cybercafés. J’ai passé quelques nuits blanches à jouer à Counter-Strike. Autant vous dire que mes résultats scolaires ont connu des déconvenues certaines ! J’ai été joueur professionnel au tout début de l’esport. Les conditions dans les tournois, les fameuses LAN, étaient spartiates. On dormait sous les tables près de nos ordinateurs. Notre pain quotidien était des pizzas froides et des chips molles. Certains organisateurs se souciaient davantage de la subvention qu’ils avaient touchée que du bien-être des joueurs. On faisait avec les moyens du bord et c’était à la fois éreintant et passionnant. Le sport électronique avait la beauté froide des mondes naissants, il en avait aussi les périls.

Le manque d’encadrement était criant. Il l’est d’ailleurs toujours. La nécessité de créer une structure de référence prenant en charge toutes les problématiques qui cernent le jeu vidéo en général et l’e-sport en particulier m’est apparue comme une évidence criante. Cette pratique a pris une ampleur colossale à l’étranger. L’e-sport est plus regardé dans le monde que la Formule 1. OG, l’équipe qui a gagné le dernier The International de Dota 2 (l’équivalent de la coupe du Monde pour le jeu de Valve) a empoché plus d’argent (11 millions de dollars) que Novak Djokovic en triomphant au dernier US Open (3,8 millions). L’e-sport se rapproche de plus en plus du sport traditionnel aussi bien en termes de public, d’amateurs, d’enjeux, de visibilité, d’argent que de niveau.

Les joueurs professionnels sont des athlètes, plus personne ne peut douter du contraire. Il ne faudra d’ailleurs plus très longtemps avant que les instances sportives internationales, comme le CIO, ne scellent définitivement ce rapprochement. Or il y a un tel décalage entre ce qui est demandé aujourd’hui aux joueurs et l’encadrement qui leur est proposé, hormis certaines très grandes structures internationales, qu’il m’est apparu absolument nécessaire de combler ce vide. Un vide qui est encore plus flagrant en France où l’e-sport, de surcroît, charrie toujours un grand nombre de préjugés.

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Quelles sont les principales missions de la plateforme ?

Blackmice est avant tout une agence de conseil, d’expertise et d’accompagnement dans l’univers du jeu qui a pour objectif de devenir un acteur incontournable du monde de l’e-sport et du gaming en général. Le projet initial de Blackmice est celui d’un club « omni-e-sports » qui s’est donné pour mission de proposer l’encadrement et l’ensemble des services qu’offre un grand club de sport classique. Grâce à notre staff de professionnels de santé qui comprend des médecins spécialistes (médecins du sport, orthopédistes, rhumatologues, nutritionniste, psychiatres, spécialistes du sommeil, etc.), des kinés, des ostéopathes, des diététiciens ou encore des biologistes, nous répondons tout d’abord aux problématiques de santé.

Notre expérience d’anciens joueurs professionnels nous permet aussi d’offrir évidemment du coaching et de l’encadrement sportif. Nous allons aussi rassembler l’ensemble des produits et objets qui peuvent améliorer la vie quotidienne des joueurs. Un footballeur professionnel a tout cela quotidiennement à disposition, il nous paraît indispensable qu’un joueur professionnel en bénéficie également. Nous pensons que la réussite d’un club e-sport passe par aujourd’hui par là. Nous différentes équipes, que nous espérons mener au plus haut niveau national puis international bénéficieront de tout cela.

Au-delà de l’e-sport, nous nous adressons également, bien sûr, aux joueurs amateurs. L’ensemble de l’expertise, aussi bien dans le domaine de la santé que dans celui du jeu vidéo, est aussi à leur service… et à celle de leur famille. Celles-ci sont souvent démunies et il ne leur est pas proposé grand-chose. Le jeu est une pratique sociale immémoriale ainsi qu’un formidable vecteur d’apprentissage, c’est du lien et de l’expérience. On ne peut pas se résoudre à ce que le jeu vidéo soit vecteur de tristesse, de mal-être, d’isolement et de rupture des liens familiaux. Notre futur site répondra, pour résumer, à l’ensemble des problèmes qui se posent aux joueurs, de haut niveau comme occasionnels, et à leur famille. La tâche est vaste !

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À l’instar du sport, vous défendez une nécessité d’e-sport santé… En quoi est-ce crucial ?

L’e-sport aujourd’hui a atteint un niveau critique. La discipline doit franchir un palier si elle veut continuer à croître de manière exponentielle comme elle l’a fait par le passé. Cela passe nécessairement par une professionnalisation accrue, une plus grande maturité, en particulier en France. L’e-sport doit donc prendre à bras-le-corps les enjeux de santé et de bien-être des joueurs. Ensuite, les joueurs eux-mêmes doivent prendre davantage soin d’eux, de leur corps, de leur sommeil, de leur nutrition, de leur moral. Je ne sais pas si vous suivez les grands tournois internationaux, mais le niveau est absolument monstrueux. Un jeune joueur qui veut devenir e-sportif aujourd’hui ne peut plus faire l’impasse sur ces enjeux de santé. C’est une nécessité s’il veut améliorer ses performances, mais c’est aussi une question de bon sens.

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Quelles sont les initiatives que vous prenez pour promouvoir la santé dans le monde de l’esport ?

Au-delà de notre site, nous intervenons à plusieurs niveaux. Au niveau des différents acteurs de l’e-sport, notamment des organisateurs de tournois, pour améliorer les conditions d’accueil et de déroulement. Nous prévoyons même de décerner un label. Au niveau des institutions afin de faire sortir la discipline de l’ornière dans laquelle elle demeure en France. Ce n’est qu’en proposant aux pouvoirs publics une approche vertueuse du jeu vidéo et de l’e-sport, que nous parviendrons à faire évoluer les mentalités, puis les cadres législatifs, encore flous, et à normaliser la pratique. En ce sens, je me dois de saluer l’implication de la région Occitanie qui, à travers le volontarisme de sa présidente Carole Delga et de ses équipes, ainsi qu’Ad’occ sport, a pris à bras-le-corps l’ensemble de ces questions et fait énormément pour le développement de l’e-sport en France. Nous intervenons aussi dans les clubs sportifs qui souhaitent se tourner vers l’e-sport, les écoles et centres de formations, en portant toujours nos valeurs cardinales.

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Sentez-vous les joueurs suffisamment concernés par cette problématique ?

Les meilleures équipes du moment ont parfaitement intégré ces notions. C’est dans les niveaux inférieur qu’il y a encore du travail, même si les mentalités commencent à évoluer. La grande majorité des joueurs n’est pas encore assez sensible à ces sujets. Il est normal qu’ils ne le soient pas. Un athlète est entouré par des médecins, des kinés, des nutritionnistes. Les messages sur l’importance de ce qu’il mange, de son sommeil, de sa qualité de vie infusent dès le plus jeune âge. Ce n’est pas le cas d’un joueur de jeu vidéo qui n’a pas cet encadrement, qui ne se façonne pas, en tant qu’athlète, dans un centre de formation. C’est ce travail qui justifie notre action.

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Comment les éduquer ?

Je pense qu’il faut éviter les discours moralisateurs. L’éducation passe par l’exemple. Notre club omni-e-sport sert certes de vitrine pour Blackmice, mais aussi de vecteur pour faire passer des messages importants. Il faut également montrer qu’une bonne hygiène de vie améliore mécaniquement leurs performances. Il me paraît indispensable que ces messages soient portés par des médecins et des spécialistes de santé et relayés par des joueurs de renoms ou d’expérience. Le joueur se sent un peu marginalisé dans sa pratique. À partir du moment où son interlocuteur saisit bien les problèmes auxquels il est confronté au quotidien et les prend au sérieux, le dialogue porte ses fruits.

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Vous êtes notamment partenaires de Biogenie Projet. Comment la marque accompagne-t-elle vos actions ?

Le rapprochement entre Byogenie Project et Blackmice s’est fait naturellement. J’ai été séduit par l’approche de Nicolas Bles, son président, et Guillaume Eraud, ancien sportif de haut niveau. Byogenie Project apporte des solutions aux maux quotidiens des sportifs en abordant les compléments alimentaires de manière originale et intelligente. En discutant avec eux, nous nous sommes rapidement rendu compte que les petites pathologies touchant les sportifs se retrouvaient chez les joueurs professionnels de jeux vidéo. Les produits proposés par Byogenie pour améliorer le confort articulaire, pour réduire l’anxiété ou pour booster les performances cognitives, de façon naturelle, sont parfaitement adaptés à la pratique de l’e-sport. Réciproquement, notre démarche vertueuse, promouvant le bien-être des joueurs, correspond à leur ADN et ils ont choisi d’être l’un de nos sponsors. Nous avons pour projet, à moyen terme, de concevoir une gamme de produits dédiés à l’e-sport.

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Votre message a même résonné dans la tête du Group Easy… Comment s’est déroulé le rapprochement ?

Là encore, le rapprochement s’est déroulé de manière très naturelle. Nous avons eu la chance de rencontrer à Monaco Sir Stelios Haji-Ioannou, le fondateur d’easyGroup. Il nous a fait l’honneur de se pencher sur notre projet qui semble l’avoir séduit. Les bases d’un partenariat ont rapidement été posées. Notre grand club omni-e-sport se développera ainsi sous la bannière easyEsport.fr et fera partie de la grande famille « easy ».

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Qu’attendez-vous de ce partenariat ? Que va-t-il vous apporter ?

Avec cet accord, nous nous occuperons de développer notre activité sous la bannière easyEsport.fr, ce qui nous permettra d’avoir une visibilité mondiale accrue, une notoriété immédiate, une légitimité et un pouvoir commercial non négligeable. Nous aurons pour objectif de dépasser les a priori auxquels est confronté l’e-sport depuis plusieurs années, d’offrir des réponses aux parents, d’apporter un suivi personnalisé aux joueurs et de servir de référent incontournable dans le domaine de la santé des e-sportifs.

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Avez-vous le sentiment qu’il est plus facile de séduire les partenaires en valorisant l’image d’un e-sport bon pour la santé ?

Nous croyons beaucoup aux cercles vertueux. Santé, bien être, performances, résultats… C’est la même chose en termes d’image. De nombreuses marques ont bien senti que les médias traditionnels n’arrivaient plus à toucher tout une partie de la population qui s’est détournée d’eux pour de nouveaux supports. Cette cible n’est plus accessible par les canaux « historiques ». Elles hésitent toutefois toujours à investir dans le jeu vidéo et l’e-sport car le défaut d’image, il ne faut pas se mentir, est toujours important en France. Elles sont ainsi face à un dilemme : renoncer à toucher une partie de leur marché potentiel ou associer leur nom à une pratique qui est vue encore négativement par une partie de la population. Notre approche vertueuse résout cette impasse et offre un point d’entrée idéal vers cet univers qui reste particulier.

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Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

Nos objectifs à moyen terme sont multiples. Nous souhaitons bâtir des équipes easyEsport compétitives, faire de notre plateforme e-santé une référence dans son domaine, devenir un interlocuteur incontournable pour les institutions et les pouvoirs public et apporter notre expérience aux entreprises et aux clubs de sports qui souhaitent organiser leur transition e-sport.

Auteur dr4z
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Catégories Santé
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