Chapeau partie 1 

Comme tout athlète de haut niveau, le joueur professionnel peut souffrir de pathologies physiques extrêmement douloureuses et rarement prises en compte à leur juste mesure. Avant de gagner le TI5 avec EG (en photo de une), Clinton ‘Fear’ Loomis, figure emblématique de Dota 2, en a fait les frais en 2014, son bras l’empêchant de participer au TI cette année-là. Le Dr Jean-François Marc, rhumatologue et médecin du sport, nous en dit un peu plus sur ces maux méconnus et nous explique comment s’en prémunir.

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Peut-on faire de la prévention ?

 

Pour les tendinopathies, la majorité sont dues aux gestes à répétition sur un tendon à ces âges en général sain mais metabolicosensible (toxines alimentaires).
Il est important d’avoir une bonne hygiène hydrique (bien boire en quantité des eaux minéralisées pour compenser la perte par la sueur des ions tels le magnésium et le potassium) et alimentaire (fruits et légumes frais riches en antioxydants capables d’éliminer nos déchets naturels que sont les radicaux libres) . De même il faut veiller à conserver un bon état dentaire protecteur vis à vis des tendinites et s’entraîner par des auto étirements réguliers des zones à risques. On peut effectivement entraîner ses tendons à résister aux étirements par des exercices précisément d’étirements …

Bien sûr, il existe aussi des facteurs extrinsèques à l’individu faisant de ces tendinites des technopathies en cas de mauvais matériel ou de mauvaise gestion manuelle de ses claviers et souris ou “poste de jeu”.

Pour le canal carpien, il est essentiel d’étirer préventivement le ligament annulaire du poignet en pratiquant 20 secondes par jour la position du bonjour yogi ( mains tenues affrontées avec le plan des coudes en avant du plan des poignets).

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Pour les douleurs positionnelles du rachis, Il faut bouger… le meilleur ami du dos est le mouvement … Se lever, marcher, s’assouplir même en compétition entre les matches…

Également il faut pratiquer régulièrement des étirements axiaux, par exemple assis sur une chaise sans s’appuyer au dossier, monter les bras au dessus de la tête et main dans la main opposée s’étirer en continu au zénith pendant 5 vraies secondes. Puis relâcher, souffler, reposer le même temps 5 secondes et refaire 5 fois cet étirement. 1 série de 5 étirements par jour suffit soit 25 secondes d’effort ! La recette magique est la régularité de la pratique de ces étirements…

Le renforcement statique de la musculature spinale est aussi recommandée. S’allonger sur le ventre en bout de table (s’assurer de sa stabilité) les pieds au sol, puis se cramponner fermement avec les bras et remonter les jambes à l’horizontale, membres inférieurs tendus comme un plongeur de compétition. Tenir 5 secondes et reposer lentement en contrôlant les pieds au sol. À faire 1 série par jour de 5 puis 10 répétitions.
Le poste de jeu (hauteur de l’écran et du bureau, qualité du siège ….) doit être étudié si besoin par un ergonome en cas de posturopathie.

Pour les tensions des trapèzes et céphalées oculocervicoscapulaires, il est essentiel de coordonner les mouvements des yeux et le déplacement du cou et des épaules. Il existe une rééducation spécifique oculocervicoscapulaire que pratiquent les kinésithérapeutes.

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Existe t-il une spécificité des pathologies physiques liée au gaming ?

Physiquement, non, il n’existe pas de “Gamite” car la gestuelle n’est pas pathogène en soi à la différence des jeux à repérage kinesiospatial imposant de larges gestes non physiologiques où l’on découvre des douleurs induites atypiques appelées “wiiite ou la wifiite”. A contrario, le gamer souffrira plus de positions prolongées statiques du membre supérieur dominant où épaule coude et poignet font un seul bloc, permettant à la main de gérer au mieux les souris ultra rapides qu’ils utilisent..

Par contre le gamer de compétition doit s’astreindre tel un sportif de haut niveau à un entrainement physique soutenu, régulier et si possible encadré par un coach compétent et attentif.

La spécificité du gaming est de devoir s’entraîner en multisensoriel.
N’oublions pas qu’un gamer c’est “un œil, un cerveau et une main” et que la rapidité et la justesse de ses choix compte tenu du nombre d’action par minute (APM) dépendent de la bonne coordination de ces 3 organes.

Alors faites tout ce qu’il faut pour entretenir ces formidables outils sensoriels humains parce qu’ils méritent toute votre attention et que cela vous évitera les problèmes médicaux les plus fréquents de sur-utilisation corporelle (overuse et overloap syndrom) appelés TMS (troubles musculo-squelettiques ) dans le jargon de la médecine du travail…

Et puis un gamer malade ou diminué physiquement et c’est toute l’équipe qui trinque donc être sportif de haut niveau consiste à prendre ses responsabilités par rapport à sa santé pour soi et pour ses partenaires.

Gamer c’est aussi la capacité de la représentation spatio-temporelle en 3D de ses partenaires , la perception acutisée du son et une communication verbale codée dans le groupe. Gamer c’est l’être multisensoriel qui optimise tous ses sens en instantané et de manière prolongée au risque de l’épuisement anxiodépressif, du burn out, des addictions, …mais ces risques feront l’objet d’un autre interview.

Auteur dr4z
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Catégories Santé
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