Partie 2

Chapeau partie 1

Animal étrange apparu à l’aube du XXIe siècle, le geek pourrait être l’ancêtre préhistorique de l’homme de demain, le chaînon manquant entre nous et un « homme+ », qu’il prépare d’ores et déjà au cœur de cet État 2.0 qu’est la Silicon Valley. Mort de la mort, avènement d’une intelligence artificielle supérieure, règne des cyborgs… la science se libère à grande vitesse de la fiction grâce aux milliards de dollars que génèrent les technologies de l’informatique. L’homme d’après, le « transhumain », est déjà en beta test. 

Réparer et augmenter

Pour le moment, les applications pratiques de toutes ces recherches se limitent à réparer l’homme. L’implantation d’un cœur artificiel, exploit sans précédent du laboratoire Carmat, est la parfaite illustration de ce que peuvent amener aujourd’hui les progrès techniques. Plus prosaïquement, tous les objets qui relèvent du quantified-self (bracelets connectés, montres qui mesurent nos constantes

vitales, lunettes à réalité augmentée…) et qui inondent nos étals depuis deux ans, sont les premiers fruits de ce mouvement de fond. Les membres bioniques ou artificiels et les robots assistants aussi. L’homme arrive d’ores et déjà à créer des êtres mi-biologiques, mi-électroniques. C’est le haut du toboggan. Et, au milieu de la pente, se profile déjà l’homme augmenté. En bas, l’homme disparu. Les voitures autonomes, qui sont déjà prêtes et qui n’attendent plus que les autorisations administratives pour prendre la route, peuvent, sans la moindre intervention d’un conducteur, parcourir des centaines de milliers de kilomètres sans avoir le moindre accident.

La suite est évidente. Si, aujourd’hui, un bras bionique remplace un bras normal amputé, qu’est-ce qui l’empêchera, demain, de rendre un homme plus fort ? Les rétines artificielles soignent aujourd’hui certaines cécités. Tout laisse à croire que, demain, elles permettront de mieux voir, ou de se « balader » dans le cyber espace. Le même cœur artificiel que celui du laboratoire Carmat, en version 2 ou 3, permettra de toute évidence de courir plus vite. Ray Kurzweil, encore lui, dont les 108 prédictions, entre 1990 et 2009, « se sont réalisées à 86 % » assure que la civilisation sera « intégrée » dès 2045 et qu’il sera très facile de se brancher au cerveau une petite extension de mémoire à laquelle on pourra accéder via le « cloud », comme on accède aujourd’hui à Google Drive.

La mort peut trembler

La première grande victime de ce grand bond en avant sera sans conteste la mort. C’est l’ennemi désigné des transhumanistes. Laurent Alexandre, dont le CV impressionne (chirurgien-urologue et neurobiologiste, diplômé de Science Po, d’HEC et de l’ENA, fondateur de Doctissimo et de DNAVision), est un grand spécialiste du séquençage de l’ADN.

Il s’intéresse de près aux mouvements transhumanistes et a fait grand bruit, en 2013, en lançant « l’homme qui vivra 1 000 ans est déjà né ». Pour lui donner raison, Google vient d’annoncer avoir conçu des nanorobots capables de circuler dans notre corps à la recherche de cellules malades et aptes à les réparer. Ils s’ingèrent comme une simple pilule… Autres renforts de poids pour la prédiction du Dr Alexandre, le séquençage ADN et les manipulations génétiques ont vu leur prix divisé par trois millions en quinze ans. Et si cela ne suffisait pas, Peter Thiel (Paypal), à travers son programme Sens 1.0, annonce d’ores et déjà que « les biotechnologies de notre projet nous donneront probablement trente ans d’espérance de vie, celles qui suivront permettront de rajeunir les gens indéfiniment ». Prévenir les cancers ou les attaques cardiaques, révéler les anomalies génétiques, réparer les cellules et les organes, modifier l’ADN, éradiquer définitivement des centaines de maladies… plus rien ne semble impossible tant la puissance de calcul désormais disponible entre en phase avec ce que requièrent les opérations nécessaires à l’allongement exponentiel de la durée de vie.

Les vivants aussi

Et c’est sans doute cela la plus grande force de ce vaste mouvement dont on a encore du mal à percevoir toutes les implications : sa capacité à améliorer de manière spectaculaire la condition humaine. C’est aussi son plus grand danger.

Y-a-t-il eu le moindre débat sur l’opportunité, ou non, d’implanter un cœur électronique ? Le monde entier a salué, sans doute à juste titre, cette avancée majeure. Mais pas une seule fois n’ont été abordées les conséquences sociales d’une telle prouesse. Quel sera le prix à payer pour vivre au-delà de 150 ans ? De 500 ans ? De 2000 ans ? Qui aura le droit à un tel traitement ? Les transformations biologiques et génétiques pour passer ces caps sont telles, qu’il faudra en finir avec « l’humanité 1.0 » et accepter l’avènement d’une « humanité 2.0 » puis d’une autre, pour reprendre l’expression des experts de Google. C’est un programme qui doit être discuté à l’échelle mondiale et non pas laissé à la discrétion de quelques technologues illuminés. On peut imaginer, un jour, payer un abonnement pour vivre : le « pack 100 ans » à 19,99 €/mois ; « le pack 1000 ans » à 45,90 €… « Cliquez sur ce bandeau pub pour gagner 10 ans ». La planète actuelle ne nous supporte que difficilement avec nos 70 ans d’espérance de vie, comment se comportera-t-elle quand celle-ci sera de 700 ans ?

Progrès médical donc, mais progrès social aussi. Il ne s’agit pas seulement d’allonger la vie, il s’agit, pour les transhumains, d’améliorer toutes les composantes de l’existence. L’intelligence artificielle et la robotique permettront, à très court terme, de remplacer l’homme dans d’innombrables domaines, notamment dans les tâches les plus délicates ou les plus ingrates. Et ainsi de lui faciliter grandement la vie. « Un Masaï muni d’un téléphone portable dispose de plus d’informations aujourd’hui que le président des États-Unis il y a quinze ans », se réjouit Peter Diamandis, le directeur de la Singularity University, avant d’ajouter : « il suffira aux villageois du fin fond de l’Afrique d’expédier, grâce à leurs smartphones, leurs résultats d’analyses médicales à un spécialiste sur un continent lointain. Celui-ci établira le diagnostic et les médicaments seront obligeamment livrés par un drone. » C’est excitant, certes, mais, là encore, c’est le début du toboggan. En bas de la pente il y a Larry Page qui déclarait en octobre dernier au Financial Times que « neuf emplois sur dix sont menacés à terme, par l’intelligence artificielle et la robotique ». Peu de temps après, Bill Gates lui emboîtait le pas en se demandant « pourquoi l’humanité n’avait pas peur de l’intelligence artificielle ». Qu’allons-nous faire dans un monde où 99 % des emplois seront occupés par des robots ? Qu’allons-nous faire des hommes dans un monde où une autre intelligence lui est supérieure ?

Partie 2 sur 3

Auteur dr4z
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Catégories Actualité Gaming
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